Les actus de la cité

Appel à création 2016 : deux prix et une mention spéciale

29.11.2016
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Lundi 28 novembre, le jury de sélection s'est réuni à Aubusson pour récompenser les œuvres lauréates de l'appel à projets de tapisseries contemporaines 2016. Pour la septième édition de ce concours lancé en 2010 grâce à la mise en place du Fonds régional pour la création de tapisseries contemporaines, deux projets ont été récompensés. Au menu : drapés et trompe-l'œil, puis un peu de verdure pour la mention spéciale...

Constitué de membres élus du Syndicat mixte de la Cité de la tapisserie et de personnalités qualifiées (Ingrid De Meûter, conservatrice aux Musées Royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles, Thierry Raspail, directeur du MAC Lyon, Jeanne Gailhoustet, directrice de l'ENSA Limoges), le jury présidé par Jean-Jacques Lozach, sénateur de la Creuse et coprésident de la Cité de la tapisserie, a désigné cette année deux lauréates. Eva Nielsen obtient le Grand Prix 2016 pour son projet Lucite et Marie Sirgue décroche le deuxième prix pour Bleue.

Le jury a également souhaité mettre en avant un coup de cœur en attribuant une mention  spéciale aux Salades de Sébastien Gouju. 

Les œuvres primées seront tissées selon les techniques de la tapisserie d’Aubusson reconnues par l’UNESCO et intègreront la collection de la Cité internationale de la tapisserie. 

Grand Prix 2016 : Lucite, par Eva Nielsen

Passée par la Central Saint Martins de Londres et diplômée des Beaux-Arts de Paris, Eva Nielsen est une artiste prometteuse de la jeune scène picturale française. Représentée par Jousse à Paris, Selma Feriani à Tunis et à Londres et The Pill à Istanbul, la jeune Franco-Danoise s'intéresse  à la thématique de l'entrelacement. Son travail plastique est un travail de strates : à partir de photographies, Eva Nielsen s'approprie les images en intervenant par couches successives, cadres successifs de sérigraphie, applications de peinture ou d'encre.

Pour l'appel à création 2016 de la Cité de la tapisserie, Eva Nielsen a proposé un projet de trompe-l'œil. Du nom d'une maladie interdisant la confrontation avec la lumière du jour et oblige les malades à se protéger du soleil sous une toile, l'œuvre Lucite est issue d'une recherche où l'artiste superpose l'impression de la trame d'une toile moustiquaire à la photographie d'un paysage. Prévue pour mesurer 2,20 m de large sur 3 m de hauteur, l'œuvre joue entre les dimensions monumentales de la tapisserie et la perception intime du paysage à travers la trame textile. 

Alors qu'elle travaille ses images en couches successives, la réalisation d'une tapisserie lui permet de transcender son geste artistique en touchant directement le matériau même qu'elle imprime depuis quelques années. Aboutissement de cinq années de recherches, ce projet de tapisserie pourrait lui permettre de faire "fusionner les calques", en mettant en forme l'image en un seul geste, celui du lissier.

Deuxième prix : Bleue, par Marie Sirgue

Le deuxième prix 2016 de l'appel à création de la Cité de la tapisserie revient à l'artiste plasticienne Marie Sirgue pour son projet Bleue, un projet de tapisserie de 2 m x 3 m qui, dans la préciosité de son tissage, va s'attacher à donner l'illusion... de la plus triviale des bâches de chantier.

Marie Sirgue vit et travaille à Toulouse. Multi-médium, son travail questionne l'homme et ses usages. À partir d'un projet, elle va aller chercher la technique la plus adaptée. Elle s'intéresse à la notion de "contrefaçons inversées" : en partant d'un modèle trivial, un objet du quotidien de peu de valeur, elle imagine comment en donner une copie ennoblie.

C'est que Marie Sirgue a expérimenté pour l'appel à création de la Cité de la tapisserie : à partir d'un montage de plusieurs photographies d'une bâche de chantier bleue tout juste sortie de son emballage, avec ses plis et ses jeux de lumières grâce à l'application d'un flash déporté, elle propose un grand projet de trompe-l'œil, dans la tradition des drapés textiles de la tapisserie d'Aubusson historique. Pour ce projet, les drapés joueront des effets de brillance, d'irisation et de lumière et devront donner l'illusion des froissements du plastique. Marie Sirgue imagine produire un trouble entre la trame de la bâche originale et la trame de la tapisserie justement en jouant avec le langage technique de la tapisserie, les battages, les chinages ou encore les aplats. Les bleus sont électriques, volontairement artificiels. Un défi pour le lissier qui se chargera de l'interprétation tissée de cette pièce.

Une mention spéciale pour Sébastien Gouju et son projet Salades

Travaillant sur la question du lien et de la hiérarchie entre "arts nobles" et "arts mineurs", Sébastien Gouju revisite les verdures traditionnelles de la tapisserie d'Aubusson de manière humoristique. Partant de la notion de décor, il s'est inspiré de ce qui décore nos assiettes, pour nous plonger dans le sachet de salade. Il livre une composition de salades, une salade composée, dans la version la plus calibrée, la plus industrielle qui soit, avec un traitement très contrasté et graphique.

Imprégné des contraintes du médium textile, Sébastien Gouju a souhaité restreindre son carton à 20 couleurs et jouer sur l'écriture technique de la tapisserie pour transcrire le bouillonnement quasi organique de ce projet dans un projet de tissage maîtrisé. Le jury a tenu à souligner la qualité de son projet en lui attribuant la mention spéciale 2016.