Six siècles d'histoire

Naissance et essor d'un artisanat

IMPRIMER
PARTAGER

L’histoire de cette production semble correspondre au développement de plusieurs activités artisanales dans le Massif central (coutellerie, papeterie, armurerie, soierie et un peu plus tard dentelle). Si les origines flamandes sont incertaines, les tapisseries marchoises pourraient découler de la reconversion de l'industrie drapière locale en un artisanat d'art.

Les millefleurs 

Production typique du XVe siècle, les millefleurs se distinguent par un décor de petites touffes de fleurs ou des feuilles, sur fond uni ou plat. En général, une scène centrale vient se plaquer sur ce fond. Ces pièces ne comportent pas de perspective. Dans les collections de la Cité de la tapisserie, la Millefleurs à la licorne qui ouvre le parcours de visite de la "Nef des tentures" constitue la plus ancienne tapisserie marchoise connue à ce jour.
D’après les archives, l’inventaire de Jeanne d’Albret (La Châtre, Indre), rédigé en 1514, mentionne plus de 70 tapisseries de Felletin dont plusieurs "à menus feuillages" évoquant les millefleurs. 
 
Les verdures à feuilles de choux au XVIe siècle

Vers 1530, apparaît un nouveau genre de tapisseries, d’abord dans les Flandres, puis dans la région d’Aubusson : les verdures dites « à feuilles de choux », « à grandes feuilles », « à feuilles renversées » ou « à aristoloches ». 

Le sujet principal de ces tapisseries est une nature sauvage, au caractère mystérieux et inhospitalier, peuplée d’animaux réels ou fantastiques. La civilisation y est toujours évoquée dans le lointain par la présence d’habitations, tandis qu’un plan central est envahi par d’imposantes feuilles, lieu de combats et d’apparition d’animaux sauvages. Au premier plan, la végétation illustre généralement une orée plus hospitalière avec la présence courante d’arbres émondés, d’arbres fruitiers, et de petites fleurs. Ces tapisseries ne figurent presque jamais de personnages humains, elles restent l’illustration d’un univers impénétrable, végétal et animalier situé à la frontière de celui des hommes. D’autres œuvres de ce style sont notamment exposées dans la région, notamment au château de La Trémolière à Anglards-de-Salers dans le Cantal, où est conservée une tenture de dix pièces, probablement été tissé en 1586 à l'occasion du mariage de Renée de Chaslus d'Orcival et Guy de Montclar-Montbrun. Cette tenture est classée monument historique.

Début du XVIIe siècle : les tapisseries tirées de romans à succès

Dans la première moitié du XVIIe siècle, les romans sentimentaux rencontrent un grand succès public. 

Les lissiers de la région accompagnent cette popularité en proposant des séries de tapisseries tirées des éditions illustrées de ces ouvrages (tels que L'Astrée de Honoré D’Urfé, Pastor fido de Guarini, Diane de Jorge de Montemayor, etc.).

Jusque vers 1640, ils en reprennent les personnages et les placent sur des arrière-plans hérités des verdures à feuilles de choux ou des scènes de chasse.

Les tapisseries à vases de fleurs : une production méconnue (1620-1635)

L’enthousiasme des Flamands pour les fleurs est célèbre : peintures, estampes, broderies, soieries, dentelles, etc., développent ce thème iconographique. Des bouquets riches, parfois improbables car mêlant des fleurs ne s’épanouissant pas à la même saison, s’étagent depuis de somptueux vases, chefs-d’œuvre d’orfèvrerie.

Les tapisseries d’Aubusson participent à cette brève mode décorative de 1620 à 1635.

Elles sont tissées sur fond noir ou sur fond blanc. 

Les grandes tentures du XVIIe siècle

Un ensemble de tapisseries sur le même sujet est appelé une « tenture ». Ces tissages, souvent de 6 à 8 pièces, peuvent compter plus de 12 ou 14 tapisseries assorties. Une tenture de laine permet tout autant de décorer richement une demeure, que de garder la chaleur à l’intérieur d’une pièce et couper le rayonnement froid des pierres. L’ensemble se démonte aisément pour être transporté vers un autre lieu. L’importance des surfaces tissées permet le déroulement narratif d’une histoire (récits bibliques, mythologiques ou littéraires). Depuis le XVIe siècle, estampes et peintures servent de modèles aux tapisseries produites dans la région d'Aubusson.