Past exhibition

La première tapisserie de Clément Cogitore à découvrir à Aubusson

Du 30 June 2019 au 24 August 2019
IMPRIMER
PARTAGER

Clément Cogitore, lauréat du Prix Marcel-Duchamp en 2018, signe une tapisserie pour les collections de la Cité internationale de la tapisserie. L'œuvre, tissée selon les savoir-faire de la tapisserie d'Aubusson, reconnue par l'UNESCO au Patrimoine culturel immatériel de l'humanité, constitue un premier contact de l'artiste vidéaste avec le médium textile. Elle est présentée pour la première fois du 30 juin au 24 août 2019, en partenariat avec la Scène nationale d'Aubusson.

 

La Cité internationale de la tapisserie travaille activement pour la création contemporaine en tapisserie d'Aubusson, à travers des projets de créateurs iportants sur la scène française et internationale. Arès plusieurs années de préparation, la première œuvre tissée du lauréat du Prix Marcel Duchamp 2018, Clément Cogitore.

Son regard novateur de cinéaste, son questionnement sur l'image, font sens dans le cadre de la création destinée à intégrer les collections de la Cité de la tapisserie. Cette collaboration est le fruit de la volonté du directeur de la Cité internationale de la tapisserie Emmanuel Gérard et de sa rencontre avec l'artiste dès 2013 (par l'intermédiaire de ses galeristes de l'époque Jérémy Planchon et Camille de Bayser), qui était pris à ce moment par la sortie de son film Ni le Ciel ni la Terre, mais qui avait toujours gardé en tête ce projet de tapisserie, jusqu'au démarrage des travaux préparatoires en 2017. Après Mathieu Mercier, Prix Marcel-Duchamp en 2003, Eva Nielsen, ou encore Jean-Baptiste Bernadet pour la nouvelle collection lancée par la Cité de la tapisserie "Carré d'Aubusson", ce projet est révélateur de l'intérêt grandissant du monde de l'art contemporain pour la tapisserie, considérée comme un medium à part entière dans le travail pluri-media des artistes de la jeune scène contemporaine, dans un contexte où la distinction traditionnelle entre arts décoratifs et arts plastiques tend à s'effacer.

Des captures d'écran à la matérialité du tissage

La question de l'immersion, possibilité offerte par la tapisserie dans ses proportions monumentales, et celle de la correspondance du pixel avec le point de tapisserie, ont su convaincre l'artiste de s'essayer au médium textile.

Pour créer sa maquette de tapisserie, Clément Cogitore puise son inspiration dans les images d’actualités des émeutes de 2011 sur la place Tahrir au Caire, en Égypte.

« Ce projet s’inscrit dans la lignée de mon travail autour d’images très peu définies, circulant en réseau suscitant récits, croyances ou superstition chez le regardeur par son absence de détails. Par le manque d’information qu’elle communique, l’image devient alors un support de projection de l’imaginaire du spectateur, ouverte à tous les possibles. »

 

Travaillant à partir de captures d’écran très agrandies, Clément Cogitore s’intéresse aux relations entre l’image numérique et la tapisserie dans le rapport pixel et point de tapisserie. La découverte des savoir-faire, des techniques propres à la tapisserie, a été envisagée comme un temps préparatoire essentiel à la création de la maquette.

La création de cette maquette et la mise au point du carton a ainsi représenté l'aboutissement d'un processus de maturation du projet de tissage, mis en place par la Cité de la tapisserie dans le cadre des créations contemporaines : un long travail d'itération, d'échanges entre Clément Cogitore et le comité de tissage constitué par Bruno Ythier, conservateur de la Cité de la tapisserie et Delphine Mangeret, cartonnière, avec le concours des lissiers retraités Alain Chanard et René Duché, afin de déterminer les choix de couleurs et de matières, de définir le "grain" de la future tapisserie (le calibre du tissage). L'enjeu technique consiste à interpréter une image numérique très peu définie, si compressée que les détails en sont absents, et de la traduire en un tissage assez large, donnant une présence forte au textile, dans des dimensions importantes : 5 x 2,40 m.

La Cité de la tapisserie a lancé un appel d'offres auprès des ateliers de la région d'Aubusson-Felletin en s'appuyant sur un cahier des charges précis. C'est l'échantillon tissé par l'Atelier A2, dirigé par France-Odile Perrin-Crinière à Aubusson, qui a su convaincre l'artiste et le jury de la Cité de la tapisserie.

Artiste et lissières ont travaillé ensemble au calage du tissage, déterminé la grosseur de la chaîne et les couleurs des laines utilisées pour la trame. L'atelier a ensuite fait appel au teinturier Thierry Roger, établi à Aubusson, qui a réalisé les couleurs sur mesure, pour un démarrage du tissage sur le métier en février 2019.

Cette première tapisserie de Clément Cogitore est présentée du 30 juin au 24 août 2019 sur les planches de la Scène nationale d'Aubusson, au Centre culturel et artistique Jean-Lurcat (Avenue des Lissiers, 23200 Aubusson) où se tient également l'exposition temporaire de la Cité de la tapisserie, "Le Mur et l'Espace".

L'acquisition de la maquette de Clément Cogitore, qui intègre ainsi les collections "Musée de France" de la Cité de la tapisserie, a été effectuée par la Cité de la tapisserie grâce au financement de la Fondation d'entreprise AG2R La Mondiale pour la vitalité artistique. Cette fondation d'entreprise dédiée au mécénat culturel s'engage en faveur des territoires, pour la préservation du patrimoine culturel régional, matériel et immatériel, la valorisation de la création contemporaine, ainsi que la promotion des métiers d’art.

 

Né en 1983 à Colmar, Clément Cogitore vit et travaille à Paris. Il est représenté par la Galerie Eva Hober (Paris) et la Galerie Reinhard Hauff (Stuttgart).

Après des études à l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg et au Fresnoy-Studio national des arts contemporains, Clément Cogitore développe une pratique à mi-chemin entre cinéma et art contemporain. Mêlant films, vidéos, installations et photographies, son travail questionne les modalités de cohabitation des hommes avec leurs images, il y est question de rituels, de mémoire collective, de figuration du sacré...

Clément Cogitore a été récompensé en 2011 par le Grand prix du Salon de Montrouge, puis nommé pour l’année 2012 pensionnaire de l’Académie de France à Rome-Villa Médicis. En 2015 son premier long-métrage Ni le ciel, Ni la terre a été récompensé par le Prix de la Fondation Gan au Festival de Cannes – Semaine de la critique. Il a été nommé aux Césars 2016 dans la catégorie Premier film. Il a obtenu en 2016 le Prix Sciences Po pour l’art contemporain, ainsi que le Prix de la Fondation Ricard : deux de ses œuvres ont ainsi été sélectionnées pour intégrer la collection du Centre Pompidou, Musée national d’art moderne. Son travail a été exposé à l’été 2016 au Palais de Tokyo. Premier lauréat du Prix le BAL de la Jeune Création avec l’ADAGP pour Braguino ou La communauté impossible, ce projet lui a également valu la mention spéciale du Grand Prix de la compétition internationale du FIDMarseille en juillet 2017. Nommé aux côtés des artistes Mohammed Bourouissa, Thu Van Tran et Marie Voignier, Clément Cogitore a remporté le Prix Marcel-Duchamp 2018, le 15 octobre 2018. Il met en scène l'opéra-ballet Les Indes Galantes de Jean-Philippe Rameau, à l'Opéra Bastille du 27 septembre au 15 octobre 2019. Clément Cogitore avait signé un film explosif en 2017, adaptation extraite des Indes Galantes avec des danseurs de krump.